C’est en arrivant en Haute-Loire en 2006, après avoir travaillé avec diverses compagnies, que je décide de participer au démarrage d’une nouvelle aventure : la création de la compagnie Grain de Son, dédiée à la promotion et au développement de la vielle électroacoustique… Cette fois, ça y’est, l’objet est clairement énoncé : participer au mouvement du renouveau de la vielle du 21° siècle, lui permettre d’être reconnue comme instrument à part entière, d’être repérée, médiatisée, placée au centre de créations pluri artistiques !

Tout en continuant à tourner le solo « Un Grain de Quartz », je suis invitée en 2007 par la mission départementale de la culture en Aveyron, où je crée avec des musiciens amateurs et professionnels le spectacle « Ecorce de Montagne », croisement entre un répertoire de musiques à danser d’Occitanie, la recherche sonore, l’improvisation et le texte. C’est en effet en m’appuyant sur le récit des « buronniers » (ces hommes partis plusieurs mois en estive pour fabriquer le cantal), et des citations de haïkus, que je construis le récit musical et sonore, aller-retour entre les mélodies traditionnelles et les arrangements à l’esthétique contemporaine, qui nous immerge dans la poésie sonore et visuelle de la montagne.



En 2008, je suis en résidence avec la compagnie Grain de Son à l’espace Boris Vian de St Etienne et au théâtre d’Yssingeaux, pour créer le spectacle multicordes électroacoustique « Résonances ». En partant des matières naturelles (pierre, bois, glace, eau, sable…) de leurs sons et des interactions possibles avec un trio à cordes insolite (Tomoko Miyagi au piano, Amanda Gardone à la contrebasse et moi-même à la vielle à roue), j’écris la trame et les musiques de ce spectacle, en demandant à Jean-Michel Rivet de composer la diffusion électroacoustique en quadriphonie qui répondra au trio et aux images du spectacle. Cette proposition à l’esthétique très féminine, entre musiques écrites, improvisées et recherche sonore a continué sa route, notamment au festival des arts contemporains de St Privat d’Allier, au festival Mix un Max de Montluçon, dans l’église St Pierre de le Corbusier à Firminy… plongeant le spectateur au cœur de la matière, dans la poésie et l’émotion.



Après cette écriture pour trio à cordes où la vielle à roue dialogue avec deux instruments provenant de la musique classique ou du jazz, je continue à composer, peaufiner des pièces pour trio de vielles à roue. C’est en effet depuis la création « Pendant que la Terre tourne » réalisée en Lozère et l’enregistrement du CD « Un Grain de Quartz » en 2005, que Jérôme Liogier et Hubert Boutry m’ont rejointe sur scène pour former le trio Hurdy Pop. En 2008, nous invitons le danseur hip-hop Nicolas Bigi pour une création commune aux Ateliers des Arts du Puy en Velay. La rencontre insolite entre les deux mondes est réussie, grâce à l’orchestration entre les trois vielles aux sonorités complémentaires et les bandes sons très rythmiques issues de sons de vielles captés et retravaillés. Le dialogue entre la danse et la musique s’appuie aussi sur la création vidéo et les textes qui accompagnent le spectacle.
Cette formation travaillera en 2012 sur un nouveau spectacle… à suivre !



Petit à petit a germé dans ma tête une envie venant de très loin : remettre la poésie des troubadours (dont j’ai découvert la richesse et le raffinement depuis mon enfance périgourdine) au goût du jour, en lui donnant une écriture musicale d’aujourd’hui… Dans cette esthétique contemporaine où je souhaitais que voix et instruments se mêlent dans un dialogue étroit, j’avais envie d’inviter des voix d’enfants. J’ai soumis le projet à Emmanuel Magat, chef de chœur de la Maîtrise du Puy en Velay, qui a accepté et relevé le défi !
Après avoir choisi avec Zahia Bensaïdani les textes qui abordent déjà au 12 et 13° siècle la question de la liberté de l’homme et de la femme, j’ai composé pour trio instrumental (JC Kibler au piano, Laurence Payet au hautbois et vielle à roue), électroacoustique, voix de récitantes (Zahia Bensaïdani, Monique Burg, Marie Anne Mazeau) et chœur d’enfants.
J’avais demandé à Jean-Michel Bossini d’être le regard musical extérieur de cette création ; ses remarques et propositions nous ont été très précieuses dans la réalisation de ce travail !
La première de [Endicha de Liuresa] Au dire de la Liberté voit le jour le 7 juin 2011 au théâtre du Puy en Velay, à l’issue d’une résidence de plusieurs semaines (avec le soutien de partenaires institutionnels et des sociétés civiles). Elle reçoit un accueil surpris mais très chaleureux de la part du public et des professionnels, qui y voient « la poésie des troubadours sublimée par la musique d’aujourd’hui… un saisissant dialogue entre verbe ancien et sons actuels ».



C’est parce que la Cie Grain de Son a pour objet la promotion et la diffusion de la vielle électroacoustique avec un travail de recherche et d’écriture musicale à la rencontre de plusieurs styles et de plusieurs arts, que nous avons souhaité construire en parallèle aux spectacles et propositions de diffusion, OREVE : ORchestre Ecole de Vielle à rouE. Il s’agit à la fois d’un lieu d’échange pédagogique où les viellistes participants (principalement de l’Auvergne et de la région Rhône Alpes) peuvent aborder et développer différents répertoires et techniques de jeu, mais aussi un ensemble mono-instrumental pour lequel il faut arranger, transcrire ou composer. C’est donc avec la conviction de faire avancer la pratique de la vielle à roue, et de pouvoir proposer un orchestre de vielles ouvert sur des répertoires variés, que je co-dirige cet ensemble avec Marc Bernad, vielliste et professeur de vielle dans la Drôme.